04 mai 2012

François Hollande : dernier meeting de Toulouse


Dernier grand rassemblement de campagne à Toulouse par francoishollande

23 avril 2012

Présidentielle : les fausses surprises du premier tour

Nouvel Observateur

 

Claude Weill
 
Par
 

La vague Sarkozy promise par l'UMP n'a pas eu lieu. Quant à la vague Marine, elle n'étonnera que ceux qui n'ont pas de mémoire.

 

"Tous les pronostics ont été déjoués", a claironné Nicolas Sarkozy, à la Mutualité, en insistant bien sur le "tous". Tous, peut-être pas (beaucoup d’observateurs, et l’intéressée elle-même, avaient pronostiqué que Marine Le Pen serait plus haut qu’annoncé). Mais le sien, en tout cas, oui : la vague promise par les gens de l’UMP est introuvable.

Entre 2007 et 2012, le sortant a perdu quatre points (soit à peu près 1,5 million de voix). Les fameux électeurs sarkozystes cachés, que les sondages n’avaient pas su débusquer et qui devaient se révéler au grand jour le 22 avril, n’existaient pas. Ils étaient chez Marine Le Pen. Le score de Nicolas Sarkozy, en réalité, avait été parfaitement "pronostiqué". A 27,18% (1), il colle à la moyenne des derniers sondages parus, qui le situaient tous entre 25 et 27,5%. C’était déjà son niveau fin février-début mars. Ni la campagne ni la tuerie de Toulouse n’ont rien changé.

Encore plus préoccupant pour le candidat UMP, qui était cette fois le représentant quasi unique de la droite parlementaire, celle-ci (Sarkozy + Dupont-Aignant) totalise 29% des suffrages (Bayrou non compris), soit le plus mauvais total de l’histoire de la Ve République. Pour s’en tenir à la période récente, marquée par l’irruption du Front national, c’est 7,5 points de moins qu’en 1988 ; 15 de moins qu’en 1995 ; 1 de moins qu’en 2002 ; 5,5 de moins qu’en 2007.

Du côté gauche

A l’inverse, François Hollande, avec 28,63% des voix (1), dépasse de près de trois points le score de Ségolène Royal en 2007 et réalise même la meilleure performance de tous les candidats socialistes sous la Ve, à l’exception de Mitterrand en 1965 et 1974 (où il était candidat commun du PS et du PC) et en 1988 (où il était sortant). Rappelons qu’en 1981, Mitterrand n’avait recueilli "que" 25,85% des exprimés.

Le total gauche, pour n’être pas historique (dans les années 70 et 80, elle faisait toujours au dessus de 45%), est quand même le plus élevé depuis 1988. Il atteint 43,76%, soit 3,2 points de plus qu’en 1995, 0,9 de plus qu’en 2002 et 7,3 de plus qu’en 2007. Signalons au passage que si Melenchon (11,11%) fait moins bien que les sondages ne le laissaient augurer (autour de 14%), il reste bel et bien le "coming man" d’une campagne qu’il avait entamée à 5%. Grâce à quoi l’extrême-gauche retrouve à peu près son étiage de 1995 et 2002.

A l'extrême-droite

Le score obtenu par Marine Le Pen (17,9%) a sans doute été la surprise de ce premier tour. Elle est en effet quatre points plus haut que la moyenne des sondages du 20 avril. Preuve qu’il y avait bien un vote lepéniste masqué (peut-être planqué chez Mélenchon ?), que les redressements n’ont pas permis de dévoiler. Mais deux remarques s’imposent, qui nuancent fortement le constat. D’abord, à 18%, elle retrouve très exactement le niveau dont les enquêtes la créditaient jusqu’à la mi-février. Preuve que ce score n’était pas si imprévisible. Ensuite, si elle fait 7,5 points de plus que son père en 2007, elle ne fait qu’un point de plus que lui en 2002, et même moins que le total Le Pen + Mégret cette année-là (19,2).

"Dédiabolisation" ou pas, la "vague Marine" est donc à relativiser : son score s’inscrit logiquement dans la tendance observée depuis la fin des années 80, c'est-à-dire la montée lente et constante d’un néo-populisme xénophobe et anti-européen (phénomène qui s’observe d’ailleurs dans plusieurs pays voisins). 1988 : 14,38%. 1995 : 15%. 2002 : 16,86% (sans Mégret). 2012 : 17,9%. Si l’on met les choses en perspective, ce n’est pas le score de Marine Le Pen ce dimanche qui constitue un accident, une anomalie. C’est celui de son père en 2007. Une anomalie dont les causes sont bien connues : cette année-là, un tiers des électeurs frontistes ont décidé d' "essayer" Sarkozy, l’homme de "l'identité nationale" et du "travailler plus pour gagner plus".

Essai non concluant : une fois élu, le président les a reperdus aussi vite. Les enquêtes d’opinion ont montré que cet électorat, essentiellement populaire, avait lâché Sarkozy dès l’hiver 2007-2008. Et tous ses efforts pour le reconquérir – du discours de Grenoble à la polémique sur le halal, en passant par le débat sur l’identité nationale et la loi sur la burqa – ont été vains. Ces électeurs se sont sentis floués. Ils se sont vengés le 22 avril (et auparavant, rappelons-le, à toutes les élections intermédiaires). Sarkozy pourra-t-il les récupérer le 6 mai ? C’est son pari. Sa seule chance. Sinon il sera étrillé. Et son conseiller Patrick Buisson, inspirateur de la ligne droitière, finira dans les plumes et le goudron.

(1) Chiffres quasi définitifs.


 

 

19 avril 2012

Le vendredi, connaît-on les résultats du dimanche ? Srce : blog Le Monde "Sonde Système"

Surtout ne pas se laisser griser. Mais c'est tellement tentant... Tellement tentant de se précipiter sur les sondages publiés ce vendredi - les derniers dont la parution est autorisée - en y voyant déjà les résultats de dimanche. Et pourtant...

Voici, à titre de piqûre de rappel, ce que nous disaient les sondeurs à l'avant-veille du premier tour, en 2002 et en 2007. Commençons par 2002.

Donné premier, Jacques Chirac avait été correctement évalué, à quelques dixièmes de points près. La suite, on la connaît. Le score de Lionel Jospin ne faisait l'objet d'aucun débat : dans leurs derniers sondages publiés, tous les instituts le créditaient de 18 % des voix au premier tour.

Le niveau de Jean-Marie Le Pen, en revanche, semblait plus difficile à évaluer : les estimations les plus basses le situaient à 12,5 %, les plus hautes à 14 %, soit une moyenne de 13,5 %. Nul n'imaginait, le vendredi, que le candidat socialiste était surévalué de près de deux points, et que le celui-ci du Front national était sous-estimé de plus de trois points. Des écarts suffisamment grands pour provoquer le fameux "coup de tonnerre" du 21 avril.

Cette année-là, le choc de l'affiche du second tour a occulté les difficultés qu'ont eues les sondeurs à évaluer le poids précis des petits candidats, plus nombreux que d'habitude. Arlette Laguiller, habituée des rendez-vous présidentiels depuis 1974, fut alors surestimée. Olivier Besancenot, qui se présentait pour la première fois, fut à l'inverse sous-évalué. Quant à Jean-Pierre Chevènement, qui avait durant la campagne fait figure de "troisième homme", frôlant les 15 % dans certains sondages, sa baisse dans la dernière ligne droite avait été perçue, mais elle fut sous-évaluée.

Voilà pour 2002. Qu'en fut-il pour 2007 ?

En 2007, la surprise fut évidemment moins grande que cinq ans auparavant. L'ordre d'arrivée prévu le vendredi ne fut pas remis en cause le dimanche, compte tenu des écarts existant entre, d'une part, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et, d'autre part, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. Une exception : CSA, qui imagina le candidat du Front national devant celui du MoDem.

Une fois ceci rappelé, l'examen attentif des résultats montre qu'il y eut de vraies surprises sur les niveaux réels des différents candidats. A commencer par Nicolas Sarkozy : à part Ipsos, qui avança le chiffre de 30 %, les instituts le situaient plutôt dans la zone des 28 % à l'avant-veille du scrutin. Il obtint finalement 31,2 % des voix.

Ségolène Royal, elle aussi, fut sous-estimée, bien que dans une moindre mesure : 2 points en moyenne. Si François Bayrou fut, parmi les principaux candidats, celui que les sondeurs parvinrent le mieux à évaluer, il n'en fut pas de même pour Jean-Marie Le Pen. Encore une fois, le président du FN créa la surprise, mais une surprise inverse à celle de 2002. Sous-évalué à l'époque, il fut surévalué en 2007, et même assez largement, d'environ 3,5 points.

De ces rappels historiques, l'on peut tirer une leçon : pour certains candidats, qu'ils gravitent dans la zone des 25-30 % ou dans celle des 10-15 %, des écarts pouvant dépasser les trois points sont susceptibles d'exister entre les sondages du vendredi et les résultats du dimanche soir.

Si l'on applique cette fourchette d'imprécision aux sondages d'aujourd'hui, cela veut dire qu'une grande incertitude existe quant à l'ordre d'arrivée au soir du second tour. Dès lors, une arrivée au coude à coude comme un écart de 6 à 7 points est envisageable entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

De même, toutes les configurations sont possibles quant aux titulaires des troisième, quatrième et cinquième place, dans la mesure où Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou se situent tous trois dans une zone comprise entre 10 et 17 %.

La conclusion de tout cela a un nom, banal, mais qui s'impose comme une évidence : prudence.

T. W.